De l'importance des rencontres de traducteurs

Il y a une dizaine de jours s'est déroulée la 56e convention de l'American Translators Association, un évènement qui réunit chaque année dans une grande ville des États-Unis des milliers de traducteurs et d'interprètes venus du monde entier se rencontrer et partager des idées. Malgré mon ardent désir d'y participer, j'ai encore manqué ce grand rendez-vous et dû me contenter de l'alléchante vidéo résumant en quelques minutes l'essentiel de la rencontre. « Mais à quoi peut bien servir un tel évènement ? » me direz-vous. C'est loin, ça coûte cher et on n’y croise aucun client : pourquoi diantre faudrait-il se donner la peine de « réseauter » avec ses concurrents ? Et bien, pour de multiples et cruciales raisons que je vous propose de découvrir dans ce billet...

 

5 bonnes raisons de faire connaissance

Avant toute chose, clarifions un point essentiel : les autres traducteurs/interprètes ne sont pas vos concurrents, ils sont vos collègues ! Le marché mondial de la traduction pèse plus de 38 milliards de dollars et présente un taux de croissance de plus de 6 % par an. Les centaines de milliers de personnes qu'il emploie à travers le monde ne sont pas de trop pour répondre à une telle demande et contrairement à ce que pourrait nous faire croire la course effrénée au tarif le plus bas que pratiquent certains prestataires mal renseignés ou mal intentionnés, il est tout à fait possible de vivre confortablement et de pratiquer dignement notre métier. Par conséquent, s'il y a de la place pour tout le monde, pas besoin de jouer des coudes : on se détend et on ÉCHANGE !

 

Quels bénéfices pouvez-vous espérer en vous éloignant de votre bureau pour aller à la rencontre de vos collègues ?

  1. Une meilleure santé mentale
    Cela fait un bien fou de se pomponner (un minimum), de sortir de chez soi et de parler face à face avec des gens qui savent exactement ce que vous faites dans la vie (votre chat Félix a tout de même ses limites !). 
  2. Des réponses à vos questions
    Les difficultés que vous rencontrez ou les questions que vous vous posez ne sont pas nouvelles, vous pouvez donc tirer parti de l'expérience de professionnels ayant déjà trouvé les solutions ou les réponses qui vous échappent.
  3. Des informations utiles et pertinentes
    Les rencontres de traducteurs sont généralement organisées autour de formations ou discussions sur des thèmes qui vous intéressent (qualité, productivité, marketing, relation client, outils informatiques, etc.), donc même si vous n'avez pas le courage de parler à qui que ce soit, vous aurez au moins la satisfaction d'avoir appris quelque chose !
  4. Un carnet d'adresses plus étoffé
    Se rencontrer en personne créée des affinités et permet de se découvrir des intérêts communs ou des savoir-faire complémentaires. C'est donc un excellent moyen de constituer une liste de professionnels que vous pourrez recommander en toute confiance ou avec qui éventuellement faire équipe.
  5. L'envie de recommencer
    Cela peut vous paraître complètement fou si vous êtes très introverti, mais sortir de sa réserve le temps d'une rencontre est une expérience si stimulante qu'on a souvent immédiatement envie de la renouveler. Sans compter que les collègues que vous aurez rencontrés vous donneront sans doute rendez-vous à la prochaine occasion.

Trouver des évènements où se rencontrer

  • En plus de diverses formations en ligne, l'International Association of Professional Translators and Interpreters (IAPTI) organise une conférence annuelle dont la dernière édition s'est tenue en septembre dernier à Bordeaux.
  • APROTRAD est une association de traducteurs créée en région centre, mais ouverte à tous, qui propose régulièrement des formations.
  • La convention annuelle de l'American Translators Association (ATA) est la grand-messe mondiale de notre profession. Cette année plus de 1 600 traducteurs et interprètes venus de 52 pays ont assisté à l'évènement organisé à Miami. Pour vous donner une idée des différentes activités et formations proposées, visitez le site de la 56e édition.
  • D'autres groupements de traducteurs organisent des évènements de grande ampleur, notamment l'association britannique ITI (convention organisée tous les deux ans, la prochaine se tiendra en 2017). Pour en savoir plus, pensez à consulter les sites web des principales associations des pays où se parlent vos langues sources.
  • Enfin, pour ceux d'entre vous qui sont diplômés dans le domaine de la traduction, ne négligez pas d'entretenir le précieux réseau formé pendant vos études en participant aux évènements organisés par votre association d'anciens élèves (AAE-ESIT, ISIT Alumni, etc.)

 

3 conseils pour en profiter

Pour vraiment bénéficier de cette expérience, il faut tout de même s'y préparer :

 

Avoir le bon état d'esprit :

Cela semble aller de soi, mais il est bon de rappeler que pour profiter pleinement de ces rencontres il faut avoir envie d'y participer, de s'ouvrir aux autres et de les écouter. Sortez de votre coquille et arborez votre plus beau sourire. N'hésitez pas non plus à prendre l'initiative : il y a de fortes chances que votre interlocuteur soit aussi mal à l'aise que vous !


Cependant, pour recevoir, il faut aussi savoir donner. Lors d'une récente présentation proposée à l'occasion d'une matinale de la SFT (justement !), Sara Freitas nous a rappelé l'importance de cet échange : ne cherchez pas uniquement à remplir votre carnet d'adresses et à résoudre vos problèmes, mais d'abord à rendre service et vous verrez qu'on vous le rendra au centuple. Lorsque j'ai commencé à écrire ce blogue, certaines personnes de mon entourage se sont inquiétées de me voir « perdre mon temps » à faire des recherches et à publier gratuitement des conseils pour des traducteurs qui étaient en fait « mes concurrents » (nous y revoilà !). Trois ans plus tard, je constate qu'elles avaient tort : mon site web professionnel est bien référencé grâce au contenu informatif et aux nombreux lecteurs du blogue, certains clients et partenaires ont fait appel à mes services après m'avoir « rencontré virtuellement » et je ne passe plus inaperçue aux rencontres de traducteurs. Je vous confirme donc que donner est un excellent moyen de recevoir !

 

Être préparé :

Savez-vous qu'il existe un organisme prenant en charge une partie des frais de formation des professionnels libéraux tels que nous ? En 2015, le FIFPL (c'est son nom) offre une prise en charge au coût réel plafonnée à 200 € par jour et à 800 € par personne et par an pour des thèmes prioritaires tels que les langues, l'informatique, le perfectionnement de l'écriture, les compétences dans un domaines de spécialité, etc. Vous pouvez donc espérer vous faire rembourser tout ou partie des frais avancés pour participer à une rencontre de traducteurs.

 

Quoi qu'il en soit, veillez tout de même à réserver à l'avance pour bénéficier des réductions souvent accordées à ceux qui s'inscrivent en premier et des meilleurs tarifs pour le transport et l'hébergement. Prenez connaissance du programme pour vous inscrire aux ateliers qui vous intéressent le plus et, si vous n'en avez pas (ou plus), faites imprimer des cartes de visite à distribuer largement au cours de l'évènement.

 

Il est aussi important de réfléchir aux raisons qui vous poussent à participer en vous fixant des objectifs comme rencontrer certaines personnes, obtenir une réponse à telle ou telle question, etc.

 

Donner suite :

Veni, vidi, vici... et maintenant ? Immédiatement après la rencontre donnez suite à vos prises de contact : envoyez vos coordonnées ou un lien que vous avez mentionné au cours d'une conversation, remerciez vos interlocuteurs pour des échanges particulièrement enrichissants, félicitez les organisateurs, etc. Le but est de maintenir le lien avec vos nouveaux contacts en continuant à échanger des informations, en vous retrouvant sur les réseaux sociaux et en vous donnant rendez-vous à d'autres évènements. Il est aussi intéressant de valoriser cette expérience auprès de vos clients en mentionnant notamment les formations auxquelles vous avez participé sur votre CV, votre site web ou encore votre profil LinkedIn ou Viadeo.

 

Et vous ? participez-vous à des rencontres de traducteurs ? Que vous apportent-elles ? Quels conseils donneriez-vous aux petits nouveaux de la cour de récré ? Tous vos conseils sont les bienvenus, car après tout, ce blogue est aussi un lieu d'échange ! ;-)

 


À propos de l'auteur

Professionnelle accréditée en commerce international ayant travaillé plusieurs années comme conseillère pour les PME, Gaëlle Gagné est devenue traductrice indépendante en 2005. À la tête de Trëma Translations, elle traduit de l'anglais vers le français et partage ses connaissances en gestion d'entreprise avec ses collègues traducteurs dans un blog intitulé Mes petites affaires.


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Commentaires : 3
  • #1

    NomadTranslator (jeudi, 19 novembre 2015 02:45)

    La conférence de l'ATA permet au contraire de rencontrer des clients potentiels et ce du fait de la nature particulière de cette association. À l'inverse des syndicats et associations de traducteurs à caractère professionnel et qui ne compte dans leurs membres que des praticiens de la traduction et de l'interprétation (même si souvent le mot interprètes ne figure pas dans le titre de l'association), l'ATA regroupe tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin à la traduction (ce qui lui est parfois reproché mais sujet d'un autre débat). On y trouve donc des étudiants en traduction ou en langues, des professionnels, des amateurs, les institutions d'enseignement de la traduction, des agences de traduction et pas seulement américaines, les services de traduction d'entreprise (même s'ils sont peu nombreux aux États-Unis) et des institutions internationales ou du gouvernement américain comme membres entreprise (Corporate members) etc.....L'ATA compte aussi de nombreux membres d'autres pays ce qui n'est pas toujours possible dans de nombreuses autres associations ou la résidence et l'activité dans le pays de l'association peuvent constituer des critères d'appartenance. Membre depuis 1991, et ayant réussi l'examen de certification AN-FR dès cette première année d'adhésion, je n'ai raté que quelques unes de ces conférences annuelles, toujours à la même date, la première semaine de novembre que parce que je me trouvais en mission ou affectation professionnelle ailleurs et trop loin. On trouve toujours quelque chose à apprendre dans les nombreuses présentations, quitte à sortir un peu de sa zone de confort, on y retrouve des collègues (je renvoie du travail à ces collèges et j'en reçois aussi) on s'y fait des clients, on s'informe sur les outils et , éventuellement on profite de l'endroit pour se prendre quelques vacances puisque de toute façon le billet d'avion est une dépense professionnelle déductible et on n'attend pas après une subvention pour se déplacer. En 2016 c'est à San Francisco. Qu'on se le dise!

  • #2

    Gaëlle Gagné (jeudi, 19 novembre 2015 04:25)

    Bonjour Danièle/Nomad et merci de nous faire part de votre expérience.
    Vous faites bien de souligner que de nombreuses agences de traduction et autres prestataires de services de notre secteur d'activité participent à la conférence de l'ATA dans l'espoir d'identifier des partenaires potentiels. C'est donc un bon moyen de faire connaissance en personne, plutôt qu'en soumettant un CV en ligne.
    J'espère vous rencontrer à San Francisco l'année prochaine : vous me servirez de guide ;)

  • #3

    Carlos Djomo (vendredi, 08 juillet 2016 10:10)

    Chère Gaëlle,
    Votre article est très intéressant et les arguments y sont présentés de manière claire et pertinente. Trop habitués au confort de nos tours d’ivoire, nous autres traducteurs avons souvent du mal à nous (re)connecter avec le monde extérieur et je puis dire que la participation à des salons, rencontres ou conventions est un excellent moyen de changer un peu la donne.
    Par ailleurs, j’organise depuis plusieurs années déjà une rencontre de traducteurs. Sans toutefois nécessiter tout déplacement ou paiement de frais de participation, cet événement virtuel (http://tr.im/OTD16) offre une occasion de « rencontrer » des collègues et de discuter des problématiques qui nous sont communes. Pour cette année, je serais ravi de vous avoir comme contributrice (voir http://carlosdjomo.com/OTD).

    Merci pour tout.